Les conseils d'enfants et de jeunes

Robert Trolin - Mars 2000
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L'auteur

Robert Trolin

La vitalité d'une démocratie passe par une participation active du citoyen. Pour cela, il est nécessaire que le citoyen ait une compréhension suffisante des enjeux présents aux différents niveaux de pouvoir. Ceci implique un minimum de connaissance des institutions: leurs compétences, leurs contraintes, leur fonctionnement, les modes de désignation par lesquels certains citoyens vont exercer des responsabilités pour compte de la collectivité.

Notre société n'a certes pas besoin que chaque citoyen soit transformé en expert mais qu'il puisse exercer ses droits démocratiques en posant des choix qu'il a mûris.

Cette citoyenneté responsable s'apprend dès l'enfance. Le rôle des parents et de l'école est à cet égard fondamental, tout comme l'est celui des acteurs politiques à qui incombe une responsabilité de "pédagogie démocratique" de plus en plus évidente, la société et les institutions étant elles-mêmes de plus en plus complexes à gérer.

A l'heure de l'Europe et de la mondialisation des enjeux, l'éducation à la citoyenneté responsable apparaît comme une des priorités essentielles des systèmes d'enseignement. La mission essentielle du Centre régional et communautaire de la Citoyenneté et de la Démocratie, "CRECCIDE" est d'amener les jeunes à être des citoyens responsables dans une société libre.

Le niveau communal est le lieu d'apprentissage privilégié du civisme. En s'intéressant aux enjeux locaux, le citoyen apprend les procédures et les contraintes démocratiques. Il peut prendre conscience d'enjeux collectifs de plus grande ampleur. Eventuellement exercer lui-même des responsabilités.

La commune est donc, à la fois "base de la citoyenneté et citoyenneté de base".

Depuis six ans, la Cellule "Citoyenneté responsable et Démocratie", devenue le CRECCIDE, développe des activités pédagogiques afin de promouvoir un esprit en faveur d'une meilleure insertion des jeunes, grâce à la participation et en faveur d'une démocratie locale partagée. Bien sûr, nous ne faisons pas ce travail seuls, mais en partenariat avec des Ministères, des associations, des experts des sciences humaines et du cadre de vie, la Fondation Roi Baudouin et, au niveau européen, avec Youth Planete. Les conseils d'enfants (CCE) et de jeunes (CCJ) ne sont pas les seules structures de participation. D'autres structures tout à fait intéressantes existent et nous ne pensons pas qu'il est utile de les opposer les unes aux autres. Il nous semble qu'au contraire, à chaque niveau, à chaque lieu de vie, organisation, cadre scolaire, pourrait correspondre une forme spécifique. L'idéal serait ensuite de créer des passerelles entre ces différentes participations. Nous voudrions également attirer l'attention sur la gradation pédagogique, à observer pour la constitution d'un CCE ou CCJ tout en notant que, si les pré-requis n'étaient pas respectés, ce ne serait pas une raison pour ne rien tenter.

QUELS SONT CES PRE-REQUIS NECESSAIRES A UN BON TRAVAIL AU SEIN D'UN CCE? PUIS D'UN CCJ?

En premier lieu, on ne naît pas démocrate, on le devient par une éducation longue et patiente où l'enfant est amené à penser, développer, construire des projets, dans un environnement "amical" et bien connu de lui, dès le plus jeune âge, sa classe. Ensuite, après cette expérience, il avancera dans ses réalisations en milieu plus ouvert, son école, rencontrant des élèves d'autres classes qu'il ne côtoie qu'aux récréations ou en dehors de l'école pour en arriver au CCE, où il sera amené à travailler avec des enfants d'autres écoles, d'autres milieux, d'autres mentalités, avec lesquels il évoluera pour arriver peut-être au CCJ avant de se plonger dans la vie adulte en qualité de citoyen responsable.

Comme nous l'avons dit ci-dessus, nous ne pouvons cependant pas demander à toutes les écoles de notre Communauté de créer des conseils de classe et des conseils d'école, ainsi qu'à toutes les communes une structure CCE et CCJ. Si ces structures n'existent pas, nous ne pensons pas qu'il faille rester absent en ce domaine, que l'on peut créer un CCE sans que les enfants soient passés par un conseil de classe ou d'école mais qu'à ce moment, nous devons redoubler de prudence et donner le plus rapidement à l'enfant le "manque démocratique" observé.

En second lieu, il est indispensable, avant de créer un CCE ou CCJ, de pouvoir compter sur des animateurs et coordinateurs formés à cet effet, mission qui peut être demandée au CRECCIDE et réalisée par nous.

Troisièmement, les enfants doivent savoir ce qu'est une commune, par qui elle est dirigée, comment se prennent les décisions, quels sont les services rendus par la commune, la manière de choisir ses représentants, pratiquer le vote ... Toute cette formation des enfants de la commune est assurée par les animateurs du CRECCIDE, en collaboration avec leurs enseignants et directeurs de leurs établissements scolaires, grâce au module pédagogique "Je connais ma commune". Cette formation des enfants nous semble indispensable, comme celle des animateurs et coordinateurs d'ailleurs, car ils ne peuvent pas s'engager sans connaissances préalables, sans savoir ce que l'on attend d'eux, comme en ignorant leurs "pouvoirs", car le CCE doit rester pour nous une continuité, une complémentarité à l'éducation de l'enfant.

ESSAYONS DE CERNER LES OBJECTIFS POURSUIVIS PAR LA CREATION DE CES CONSEILS

Les premiers conseils datent des années '60; malheureusement leur vie fut courte et ils ont été oubliés jusqu'en 1979 quand la mairie de Schiltigheim (France) décida de créer son conseil municipal des enfants. C'est en fait celui-ci qui fit école et auquel on fait très souvent référence.
Depuis vingt ans, un long trajet a été parcouru et l'évolution ne devrait pas s'arrêter avec ce siècle, puisque le CRECCIDE a reçu, depuis sa création, de nombreuses demandes d'information de la part des communes portant sur les conditions de mise en place de CCE. Il serait plus juste de dire de la part de communes et de jeunes parce que, de plus en plus souvent, des jeunes écrivent ou téléphonent directement au CRECCIDE en disant "J'aimerais faire partie d'un conseil ou j'aimerais en créer un, comment je fais?"

Nous nous situons là au début d'une phase de croissance.

Si tel est le souhait de la commune de mettre en place une structure CCE ou CCJ, elle ouvrira un lieu d'expression et d'action pour la jeune génération en lui donnant les moyens d'être entendue et de voir certaines propositions suivies d'effet. Cet objectif se réfère à la Convention internationale des Droits de l'Enfant qui préconise des lieux d'expression adaptés à l'âge de l'enfant et à "ses capacités de discernement". Elle rapprochera les jeunes décideurs locaux au moyen du dialogue et construira des politiques en meilleure adéquation avec les besoins des jeunes. Elle contribuera à la formation d'un citoyen actif et responsable, au présent comme au futur, parce que le jeune mineur vit déjà une certaine citoyenneté et l'exercice contribuera à son intégration et à son apprentissage.
Ces objectifs généraux s'avéreront intéressants au plus ils seront combinés.

Dans notre société, les plus jeunes revendiquent d'être entendus, ceci peut être une manière de pallier au déficit d'écoute et de dialogue dénoncé souvent par eux. De plus, les vertus du dialogue semblent aujourd'hui redécouvertes et de nombreux élus locaux affichent une vraie conviction, appuyée à la fois sur une vision d'une société plus démocratique dans laquelle le citoyen aurait un peu plus son mot à dire, et sur une vision d'une société dans laquelle la jeunesse aurait un peu plus de place.

Enfin, les conseils, une fois créés, suscitent l'engouement parce qu'ils "marchent" en dépit des critiques et en dépit des difficultés rencontrées, à condition d'avoir bien préparé le dossier, les enfants de la commune, les animateurs et le coordinateur ainsi que les élus locaux.

Malheureusement, dans notre Communauté, les modalités de fonctionnement des conseils ne permettent pas toujours d'atteindre ces objectifs car, si un maillon manque, il est impossible de constituer une chaîne solide.

Trop de conseils fonctionnent de façon sage, avec une parole de jeunes canalisée. Le conseil devrait être à la fois un lieu de débat où on peut poser des questions de société, où on peut parler de choses qui travaillent, inquiètent les jeunes, et un lieu de proposition et d'action. Il devrait y avoir la place au conseil pour ne pas parler seulement des espaces de jeux, du local des jeunes, des réparations à effectuer, de la campagne propreté, mais pour exprimer des préoccupations dérangeantes en parlant par exemple de racisme, de toxicomanie, d'emploi et d'urbanisme, de problèmes sociaux, de culture, ...

Au-delà de ces considérations, des résultats tangibles sont les éléments importants qui peuvent qualifier la dynamique des conseils.

  • Le conseil déclenche avant tout une dynamique au service des jeunes. La réalité de leur vie, leurs souhaits, les besoins deviennent visibles sur la commune et sont l'objet de réflexion.
    Lors des réunions plénières, des parents, des enseignants, des citoyens sont présents et ce que disent les jeunes contribue à faire évoluer les programmes et les mentalités à l'égard de la jeunesse. Encore beaucoup trop d'adultes sont méfiants et ont peur des jeunes, souvent comme pour le racisme, parce qu'ils les connaissent mal; or, le conseil organise la rencontre.
  • Autre élément important: la vie du conseil est un processus évolutif. Des jeunes ou des adultes critiquent son fonctionnement à un moment donné - il est trop figé, sans soutien, trop encadré … -. A ce moment-là, ou il s'arrête, ou il continue en s'améliorant, en se modifiant.
  • D'un autre côté, sur tout projet développé, les jeunes expérimentent une pédagogie de la citoyenneté, acquièrent un savoir-être, un savoir-faire, un savoir, ainsi qu'en même temps un certain nombre de connaissances civiques.
  • Les conseils sont des lieux d'invention, de recherche de solution peu conformistes, de mise en place de nouvelles relations entre les jeunes et les adultes. Jeunes et adultes deviennent des partenaires où ils éprouvent mutuellement beaucoup de satisfactions.

Nous n'avons pas eu l'idée, par cet article, de dire que la création des CCE et CCJ est la solution miracle pour notre démocratie mais je vous soumettrai les quelques lignes écrites en 1997 par Monsieur Guy Coëme:
"Tirons ensemble les leçons du drame atroce que vit la Belgique: seules les actions concrètes peuvent garantir l'avenir des jeunes. En les protégeant certes, mais surtout en leur faisant confiance".

Pour tous renseignements complémentaires:
CRECCIDE, Rue de Stierlinsart, 45
5070 FOSSES-LA-VILLE
Tél. 071 71 47 61 - Fax: 071 71 47 62.


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Ce document, imprimé le 21-11-2018, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be).
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