Projet de ville à Liège: les bons choix partagés

Alain Depret - Décembre 2007
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L'auteur

Alain Depret Alain Depret

Conseiller expert - Secrétaire de rédaction du Mouvement communal

Depuis novembre 2003, la Ville de Liège possède un plan de développement stratégique appelé Projet de ville. Celui-ci a été élaboré en 2002 et en 2003 avec la participation des partis politiques démocratiques de la majorité et de l’opposition, des forces vives, de l’administration communale et des citoyens. Tout cela a abouti à définir des objectifs stratégiques, des objectifs thématiques et des actions prioritaires. Résultat: suite aux élections communales d’octobre 2006, les nouveaux élus ont adopté en janvier 2007 une déclaration de politique communale dans laquelle le collège s’engageait à réactualiser le projet de ville. C'est désormais chose faite: un must du genre.

Le 26 septembre dernier, la Ville de Liège présentait son Projet de ville à l'horizon 2015, fraîchement imprimé, dans un hôtel de ville noir de monde. Pourquoi était-il si attendu? Tout d’abord, parce qu’une nouvelle législature donne toujours de nouveaux accents aux politiques à mener. Ensuite, parce qu'un plan stratégique est un plan qui doit s’envisager à moyen terme et de manière évolutive. Enfin, parce que la plupart des actions prioritaires promises ont été réalisées. Le projet de ville est distribué en toutes-boîtes, à 100.000 exemplaires, à l'ensemble de la société civile liégeoise, qui est donc aujourd'hui appelée à remplir un questionnaire.

En février et en mars 2007, le collège et l’administration ont ainsi fait le point de la situation dans douze thèmes majeurs pour Liège: la sécurité, la propreté, l’urbanisme et l’environnement, la mobilité, le développement économique, touristique et commercial, la jeunesse et les sports, la culture, le logement, le service public, la solidarité, les seniors et les personnes âgées, l’international et l’interculturalité, l’enseignement et le caractère universitaire de Liège.

Au moment de choisir la méthodologie, une évidence s’est imposée. Impossible d'actualiser un tel plan de développement sans associer étroitement les élus de toutes tendances, les agents de l’administration, les acteurs engagés de la cité et les citoyens. Pour chaque thème, une note a été préalablement rédigée avant que le collège ne rencontre, en avril, un représentant de chaque parti démocratique du conseil communal au cours de douze réunions. En juin, le collège a fait de même pour chacun des thèmes avec les forces vives et les intervenants principaux dans les différentes thématiques. Grâce à ce travail dense et fructueux, qui a rassemblé plus de 250 personnes, des propositions d’actions ont pu se dégager.

"Le document que vous allez recevoir représente beaucoup de choses à la fois", a commenté Willy Demeyer, le Bourgmestre de Liège lors de la séance de lancement du projet. "Il est d’abord un diagnostic de la réalité liégeoise. Chiffres objectifs à l’appui, il permet de nous situer. Ceux-ci démontrent que notre ville est incontestablement en mutation et en progrès dans beaucoup de domaines: le nombre d’habitants est en progression, les entreprises sont plus nombreuses, les investissements en matière d’habitat augmentent, le nombre d’emplois disponibles à Liège progresse, les visiteurs étrangers évoluent à la hausse, le nombre d’étudiants augmente… Cependant, la réalité reste difficile du point de vue du chômage, en particulier pour les jeunes et pour les femmes, ainsi que du nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration. Ces chiffres montrent en fait une double réalité à laquelle nous sommes confrontés. Liège est une ville attractive, qui se développe dans bon nombre de secteurs, mais elle est également confrontée, comme beaucoup de grands centres urbains, à une concentration de difficultés sociales".

Sur base de ce constat, Liège propose à ses citoyens de se mobiliser pour rencontrer cinq objectifs stratégiques. Ceux-ci doivent tous, selon le bourgmestre, faire consensus. Il s'agit ainsi d'assurer la sécurité d’existence et la qualité de vie pour tous par une implication publique et associative forte auprès des citoyens, de contribuer à la création d’emplois et d’activités, de faire reculer la pauvreté, les inégalités et les discriminations, de prendre part dans la lutte contre l’effet de serre et d'augmenter la population. Toutes les actions et les mesures retenues devront aller dans ce sens et rencontrer au moins un de ces grands objectifs.

Un formidable outil de participation citoyenne

Mais la brochure distribuée depuis septembre à Liège constitue aussi une évaluation des actions concrètes que le collège s’était engagé à mettre en œuvre en 2003. Là aussi, les choses avancent. Nombre de réalisations ont ainsi vu le jour depuis plusieurs années. La police est plus présente aux abords des écoles, l’observatoire liégeois des drogues travaille au quotidien, 100 caméras de surveillance sont installées sur tout le territoire. Liège est ville-pilote pour les sens uniques limités permettant aux vélos de rouler à contresens, des moyens substantiels ont été dégagés pour la propreté, de nouvelles mairies de quartier se sont également ouvertes. "Je m’en voudrais cependant de ne pas souligner que nous aurions voulu avancer plus vite dans certains dossiers également prioritaires, comme la mise en œuvre du plan drogue, des parkings-relais ou encore l’étude d’un nouveau moyen de transport structurant", explique Willy Demeyer. "Mais, le projet de ville réactualisé sera l’occasion de remettre l’ouvrage sur le métier".

Mais, bien au-delà du diagnostic et de l’évaluation, le Projet de ville de Liège est un formidable outil de participation citoyenne. A partir du travail réalisé en amont, les Liégeoises et les Liégeois vont ainsi pouvoir s’exprimer sur l’avenir de leur ville. L'idée est aujourd'hui de questionner la population sur ce qui lui paraît le plus prioritaire, le plus urgent, le plus important à ses yeux. Ainsi, en décembre ou en janvier prochain, le conseil communal pourra débattre et adopter le Projet de ville 2007-2015 en toute connaissance de cause. Dans chaque thème, il est demandé au public de choisir un maximum de trois projets ou actions concrètes parmi la dizaine proposée. Un espace est laissé pour faire part de suggestions, notamment à l’égard des grands projets en cours ou à venir.

"Cependant, Liège n’est pas qu’une ville", continuait le Bourgmestre lors de cette séance. "Elle est également le cœur d’une agglomération et d’une Province et, en tant que métropole, elle doit assumer des responsabilités bien au-delà de son territoire. C’est la raison pour laquelle nous sommes intéressés par les avis qu’exprimeraient ceux qui travaillent, qui sont scolarisés, qui y ont des activités à Liège sans y habiter. L’avis des Liégeois au sens large nous importe. Le projet de ville, lorsqu’il sera adopté, sera d’ailleurs la contribution de la Ville de Liège à la communauté urbaine de projets qui se met patiemment en place".

Et Willy Demeyer de ponctuer: "Nous faisons nôtre la maxime selon laquelle une ville qui ne sait pas où elle va, ne va nulle part. Avec le projet de ville, nous entendons tracer un chemin et des orientations jusqu’en 2015 en prenant notre destin en mains. Je veux aujourd’hui convaincre que chacun a un rôle à jouer pour l’avenir de Liège. Trop souvent, par le passé, les Liégeois se sont dispersés. L’heure est à la mobilisation de toutes et tous en faveur de la Cité. Organisez des débats chez vous, au sein de vos associations, sur votre lieu de travail et indiquez-nous vos choix. Le collège est prêt à répondre à toutes les invitations qu’il recevrait dans ce cadre". Les pistes sont tracées, il reste aux citoyens de la Cité ardente à faire les bons choix.

Pour plus d'infos: www.liege.be/projetdeville

 

Michel Firket: "En matière de propreté publique, on est sur la bonne voie, mais elle est malheureusement très coûteuse".

Quelques jours avant la présentation publique de la brochure Projet de ville à Liège, le Mouvement communal rencontrait Michel Firket, Premier Echevin en charge de l'Aménagement du territoire, de l'urbanisme et des monuments et sites. Comme d'accoutumée, l'homme est affable et commente abondamment le projet, en mettant tout de même l'accent sur son aspect environnemental. Quand on sait que Michel Firket est en charge de la matière depuis plus de 15 ans, on comprend combien celui-ci y est particulièrement attaché.

M.C.: Le projet de ville, c'est un projet massif, à longue échéance. Vous pensez que celui-ci est le meilleur moyen de conscientiser la population afin qu'elle s'approprie les actions prioritaires de la ville?

Michel Firket: C'est, en effet, un très bon moyen de communication et de réflexion, tant en interne, dans les services de la ville, qu'en externe, vers le citoyen. Après un long processus solide de concertation, ce projet de ville a été complètement réactualisé.

Vous pensez que Liège a déjà changé sa politique depuis, ou que le citoyen a changé ses habitudes?

C'est certain, notamment en termes d'économies d'énergie car les gens sont très sensibilisés à ce propos. Mais, c'est en matière de sécurité et de propreté où les gens ont le plus d'avis à donner. Un effort particulier, par exemple, a été fait en matière d'incivilités environnementales à Liège. Je suis en charge de la propreté depuis 15 ans et je me souviens de l'époque où il n'y avait que cinq ou six balayeurs sur la ville. Il y avait un laisser-aller général et j'ai dû pas mal me battre pour faire changer les habitudes. Mais, nous y sommes arrivés: aujourd'hui, il y a 300 personnes qui travaillent à la propreté publique et on remarque que la mentalité des gens change depuis ces cinq dernières années. C'est la preuve, je pense, que notre communication a été efficace à long terme. On est sur la bonne voie, mais elle est malheureusement très coûteuse.

100.000 exemplaires lancés au questionnement des citoyens: cela va faire pas mal de travail ensuite…

Il faut savoir que, dans ce genre de démarche, le taux de participation est relativement mince. On s'attend à 4 ou 5 % de réponse. C'est la loi du genre. Mais c'est tout de même un travail considérable de dépouillement. Cela dit, ce n'est pas parce que le citoyen ne répond pas qu'il n'a pas lu le projet de ville. Le taux de participation de notre réunion du 26 septembre en est la preuve flagrante.

En matière environnementale, puisqu'il s'agit de votre matière, que prévoit le projet de ville?

L'un des objectifs est de prendre part à la lutte contre l'effet de serre. Ce n'est pas nouveau pour Liège, elle a développé un PCDN depuis quasiment dix ans. Cet outil de référence nous a guidés dans la gestion de nos espaces publics et de nos espaces verts dans la perspective du développement durable. Liège est très préoccupée, comme beaucoup de grandes villes, par la propreté et la salubrité publique. Ce qui demande des moyens considérables. Depuis trois ans, nous avons décidé d'investir massivement dans le secteur. On continue donc ce qu'on a engrangé, avec l'aide de tous les intervenants, y compris la police car il y a un volet répressif important.

Liège est notamment pourvue de nombreux espaces verts…

Nous devons en effet pérenniser les espaces verts communaux. Sur Liège, on compte 62 m2 d'espace vert par habitant, c'est énorme quand on sait que Bruxelles est à 29 m2 par habitant. Nous avons, notamment, en gestation, la création de deux nouveaux parcs et la restauration du patrimoine de parcs publics vieillissants. Mon plus grand regret à ce propos, c'est la faiblesse des budgets régionaux qui sont censés subsidier la rénovation. On est très loin de ce qu'il est possible de faire, comme dans d'autres pays voisins.

Est-il question de soutenir des projets urbanistiques à haute performance énergétique?

Tout le monde va devoir s'y mettre en Région wallonne, mais Liège a déjà commencé. On a ainsi privilégié certains projets-pilotes en mettant à disposition des terrains publics à des conditions financières non soumises à la surenchère. Plus généralement, notre but est de tendre à une meilleure qualité de vie par la mise en valeur d'une démarche générale d'urbanisme durable. Au sein de notre département d'urbanisme, nous avons développé un service afin d'inciter à une utilisation durable de l'énergie, afin d'améliorer le comportement de l'administration et du citoyen. Parmi les citoyens, par exemple, on a formé 200 guides énergie. Au terme de leur formation, ceux-ci seront les ambassadeurs, les exemples à suivre quant aux gestes qui sauvent l'environnement. Il reste cependant, chez nous, un gros problème avec les propriétaires au sens large en ce qui concerne la qualité des façades du centre-ville. Mais, nous y travaillons.

D'autres projets environnementaux en vue?

Beaucoup en effet. Ce serait très long à énumérer: des nouveaux parcs à conteneurs, des bulles à verre enterrées, des conteneurs enterrés pour déchets ménagers, des poubelles publiques pour sites classés sont prévus… Nous avons également mis en place une action sur l'art public. Il y a une grande tradition d'art public intégré dans le paysage urbanistique à Liège. Cela fait partie de notre conception de l'environnement adéquat pour une ville.

Vous auriez des conseils à donner à une commune qui voudrait se doter d'un projet de ville, et plus particulièrement en ce qui concerne son volet environnemental?

Il n'est pas besoin de réinventer la roue. Il faut s'inspirer de ce qui se fait correctement ailleurs, en Belgique ou à l'étranger. Liège s'est ainsi inspirée, en matière environnementale, de l'exemple de villes comme Lyon ou Amsterdam et a adapté ce qui fonctionnait à sa réalité. Il faut également beaucoup communiquer, sans relâche. Il s'agit ici d'éducation permanente à la citoyenneté par la communication. Il faut également, à mon sens, y associer dès le départ le volet répressif. Et donc y associer également les services de police.


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Ce document, imprimé le 22-10-2017, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be).
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