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Mis en ligne le 7 Septembre 2026

Fin juin, la banque Belfius a publié son étude annuelle consacrée aux finances locales wallonnes (consultable ici). Si les budgets communaux 2026 témoignent d’efforts importants de maîtrise des dépenses, l’étude met également en lumière des marges de manœuvre de plus en plus étroites, sous l’effet notamment des pensions, des dépenses de transfert, de la dette et d’un environnement économique et institutionnel incertain. Les chiffres et constats de Belfius confortent très largement le diagnostic posé par l’étude de l’UVCW consacrée à la situation financière des grandes villes wallonnes et publiée également au mois de juin (consultable ici). Les difficultés que rencontrent ces dernières ne sont pas seulement conjoncturelles, mais traduisent surtout d’un déséquilibre structurel croissant dans leur mode de financement.

Des communes qui maîtrisent leurs dépenses dans un contexte toujours plus contraint

L’étude "Finances locales 2026" de Belfius livre tout d’abord un constat important : malgré les difficultés auxquelles elles sont confrontées, les communes wallonnes ont fortement contenu l’évolution de leurs dépenses.

Selon les budgets initiaux 2026, leurs dépenses ordinaires s’élèvent à 7,3 milliards d’euros. Hors prélèvements fonctionnels, elles ne progressent que de 1,8 % par rapport à 2025. Ce rythme est très inférieur à celui observé au cours de la précédente mandature (2019-2024), durant laquelle leur croissance avait atteint en moyenne 7,1 % par an, dans un contexte marqué notamment par la crise énergétique et par l’inflation.

Cette maîtrise des dépenses ne signifie toutefois pas que les difficultés sont derrière elles. Au contraire, Belfius pointe plusieurs facteurs susceptibles de peser durablement sur les finances locales : l’évolution de l’inflation et des coûts énergétiques, le financement de la sécurité publique et de l’aide sociale, la capacité financière des pouvoirs subsidiants, les conséquences des différentes réformes fédérales et régionales en cours, mais aussi les investissements indispensables à la transition énergétique, à la digitalisation et à l’adaptation au dérèglement climatique.

À cela s’ajoute le poids croissant de la dette. Selon les chiffres publiés par Belfius, les dépenses de dette atteindront 943 millions d’euros en 2026, en progression de 5,4 % en un an. Cette progression importante s’explique par le fait que la charge d’intérêt a doublé au cours des 5 dernières années, et qu’elle représente désormais près de 30 % des dépenses de dette (contre 70 % de remboursement du capital). En chiffres absolus, les charges d’intérêts ont progressé de près de 150 millions d’euros depuis 2022.

Pensions, CPAS, investissements : des marges de manœuvre qui se réduisent

Parmi les principaux points d’attention identifiés dans l’étude Belfius, le financement des pensions statutaires demeure particulièrement préoccupant. La diminution structurelle du nombre de statutaires réduit progressivement la base de financement du système alors que les charges continuent d’augmenter. Selon les projections reprises par Belfius, les dépenses de pension liées à la cotisation de responsabilisation des communes, CPAS et provinces wallonnes passeraient ainsi de 319 millions d’euros en 2025 à 506 millions en 2031, soit une hausse proche de 60 %.

Les dépenses sociales constituent une autre source importante de pression. Les premiers effets de la limitation dans le temps des allocations de chômage se font déjà sentir au niveau des CPAS, avec des situations très variables d’une commune à l’autre.

Face à ces contraintes, les communes ne disposent malheureusement que de leviers limités. Elles mobilisent davantage leurs recettes propres comme les recettes fiscales (+ 4,4% en un an) et les recettes de prestations (+ 5,6 % en un an). Les recettes non fiscales progressent quant à elles de manière plus modérée, à savoir +2 % pour les fonds (principalement le Fonds des communes) et seulement +0,3 % pour les subsides.

La situation budgétaire compliquée vécue par les communes les oblige également à revoir à la baisse leurs projets d’investissements. Ainsi, selon l’étude de Belfius, les dépenses d’investissement reculent fortement pour la deuxième année consécutive (-18 % par rapport à 2025, et même -50 % par rapport à 2024), ce qui confirme que l’investissement reste malheureusement une variable d’ajustement importante pour les communes confrontées à des difficultés financières.

SI reporter des investissements peut permettre de préserver momentanément un équilibre budgétaire, une telle décision n’est toutefois pas anodine puisqu’elle comporte également des conséquences à plus long terme sur la quantité et sur la qualité des infrastructures, sur l’activité économique et sur la capacité des communes à répondre aux transitions auxquelles elles seront confrontées en termes de résilience et de développement durable.

Un constat qui fait directement écho à l’étude de l’UVCW sur les grandes villes

L’étude de Belfius vient en outre confirmer de nombreux constats qui ont été dressés par l’UVCW dans son étude consacrée à la situation financière des neuf grandes villes wallonnes.

Présentée en juin, l’étude de l’UVCW part d’un constat central : les difficultés financières des grandes villes ne peuvent être réduites à un problème ponctuel de gestion ou de maîtrise des dépenses. Elles résultent notamment d’un déséquilibre structurel entre les charges qu’elles supportent et les recettes dont elles disposent.

En tant que pôles d’emploi, de mobilité, d’enseignement, de services, de culture ou encore de sécurité, les grandes villes exercent quotidiennement des fonctions qui dépassent très largement leur seule population résidente, et rayonnent sur l’ensemble de leur périphérie. De par leur fonction de centralité, elles accueillent travailleurs, étudiants, visiteurs et usagers de l’ensemble de leur bassin de vie et financent les infrastructures et services pour l’ensemble d’entre eux. Or, une partie des recettes fiscales liées à ces utilisateurs bénéficie à leur commune de résidence, tandis que les villes-centres continuent d'en supporter les coûts.

L’analyse menée par l’UVCW a également montré que la structure budgétaire des grandes villes se distingue sensiblement de celle d’une commune wallonne classique, avec un poids relativement moindre des recettes fiscales, en particulier en ce qui concerne les additionnels à l’IPP, mais aussi avec un poids plus important des dépenses de transfert et des dépenses de dette. Les dépenses par habitant liées aux CPAS, aux zones de police et aux pensions y sont d’ailleurs nettement supérieures.

Les chiffres présentés par Belfius confortent très clairement notre diagnostic

L’étude Belfius démontre qu’au-delà de l’équilibre global affiché par les communes wallonnes en 2026, il existe des situations très différentes d’une commune à l’autre.

À l’exercice propre, les communes wallonnes présentent ensemble un léger boni de 10 millions d’euros  (362,4 millions à l’exercice global), mais cet équilibre n’est atteint qu’après l’intervention des aides régionales, principalement celles liées au plan Oxygène. Si l’on analyse la situation budgétaire avant l’intervention régionale, Belfius établit le déficit 2026 à 321 millions d’euros, dont plus de 85 % de ce déficit qui se concentre au niveau des villes régionales et des grandes villes wallonnes. En euros par habitant, le déficit avant intervention régionale s’y élève en moyenne à 165 euros par habitant, contre 18 euros par habitant dans les autres catégories de communes.

Autrement dit, l’équilibre budgétaire global ne doit pas masquer la fragilité particulière des centralités urbaines.

Les données de Belfius relatives à la structure des dépenses prises en compte pour le calcul de son « indice des bourgmestres » vont dans le même sens. Dans les grandes villes, les transferts représentent 31,3 % du budget, contre 24,4 % dans les petites et moyennes communes. La seule dotation aux zones de police pèse 12,4 % dans les grandes villes contre 6,7 % dans les petites et moyennes communes, la dotation au CPAS 11,9 % contre 8,9 %, et les dépenses de dette 5,3 %, contre 2,5 % (cf. slides de l’étude Belfius).

Ces données rejoignent directement les constats formulés dans l’étude de l’UVCW : les grandes villes concentrent des charges de centralité particulièrement importantes, notamment en matière de sécurité, d’action sociale et de pensions. À titre d’exemple, notre étude relevait que les neuf grandes villes financeraient en 2026 plus de 43 % des dotations communales versées aux zones de police wallonnes.

Le constat vaut également pour les pensions : en 2024, les neuf grandes villes supportaient plus de 50 % de la charge de pension totale, dont plus de 55 % du montant total des cotisations de responsabilisation dues par l’ensemble des communes wallonnes. Rapporté au nombre d’habitants, le coût de cette cotisation de responsabilisation représentait 85 euros par habitant dans les 9 grandes villes wallonnes, soit plus du triple de celle supportée en moyenne par le reste des communes wallonnes (en moyenne 23 euros par habitant dans les communes wallonnes hors grandes villes).

Après Oxygène, quelle réponse structurelle apporter aux grandes villes ?

Les analyses de Belfius et de l’UVCW convergent donc sur un point essentiel : les efforts de maîtrise budgétaire sont bien réels, mais ils ne permettront pas, à eux seuls, de répondre aux déséquilibres structurels auxquels sont confrontées les grandes villes.

La question de l’avenir du plan Oxygène rend ce débat particulièrement urgent. L’intervention régionale permet aujourd’hui de soutenir l’équilibre de plusieurs grandes villes, mais elle ne constitue pas en elle-même une réponse structurelle au financement des charges qu'elles assument de par leur fonction de centralité.

C’est précisément l’un des enjeux que nous avons soulevé dans l’étude de l’UVCW : réfléchir à un financement durable, équitable et cohérent, qui prenne mieux en compte les externalités urbaines et les fonctions de centralité, tout en évitant d’accroître la pression fiscale sur les habitants des grandes villes ou de reporter la charge sur les communes voisines. L’UVCW a identifié à cet égard des pistes relevant des différents niveaux de pouvoir : modernisation de certains outils fiscaux locaux, meilleure prise en compte des externalités urbaines dans les mécanismes régionaux de financement, soutien accru aux pensions statutaires, financement plus équilibré des zones de police et respect de la neutralité budgétaire des réformes imposées aux pouvoirs locaux.

L’enjeu dépasse en effet la seule santé financière des grandes villes. Celles-ci constituent des pôles structurants pour l’emploi, les services, l’enseignement, la mobilité, la culture et l’attractivité économique de leurs bassins de vie. Soutenir leurs fonctions de centralité ne revient donc pas à opposer les territoires, mais à consolider un maillage territorial dont bénéficiera l’ensemble de la Wallonie.

Les conclusions de l’étude annuelle de Belfius viennent ainsi renforcer l’urgence du travail engagé. L’UVCW continuera à porter ce dossier et à travailler avec les grandes villes et avec les différents niveaux de pouvoir afin que puissent émerger des solutions structurelles à la hauteur de leur rôle dans le développement économique, social et territorial de la Wallonie.

Pour aller plus loin, consultez l’étude « Finances Locales 2026 » publiée par Belfius, ainsi que l’étude «  La situation financière des 9 Grandes Villes wallonnes » publiée par l’UVCW.

 

 

Auteur Conseiller(e)(s) / personne(s) de contact
Finances et fiscalité : Katlyn Van Overmeire - Mathieu Lambert - Elodie Bavay - Aurélie Lepère
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Date de mise en ligne
7 Septembre 2026

Contact presse
Nicolas Bonomi

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Matière(s)

Finances et fiscalité
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