Conférence de presse – Des grandes villes et des pouvoirs locaux forts au service d’un développement stratégique ambitieux et partagé pour la Wallonie
Ce mardi 16 juin, une conférence de presse sur la situation des 9 Grandes Villes wallonnes s'est tenue à l'Union des Villes et Communes de Wallonie en présence de plusieurs Bourgmestres des grandes villes. L'étude complète, l'article lié et la présentation sont disponibles en téléchargement ci-dessous.
Villes et communes wallonnes forment un même territoire, où chacune joue un rôle complémentaire. Les grandes villes en sont les pôles structurants - un rôle que la Région a elle-même inscrit au cœur de sa stratégie territoriale : c’est autour d’elles que s’organisent l’emploi, les services et l’attractivité dont bénéficient les communes voisines et tout le bassin de vie.
Mais ce rôle de centralité a un coût, que les villes portent aujourd’hui largement - jusqu’à fragiliser dangereusement leurs finances.
Soutenir les villes ne revient pas à opposer les unes aux autres : c’est garantir un développement partagé.
Sur le territoire wallon, grandes villes, villes moyennes et communes forment un maillage multipolaire, organisé en synergie et en interdépendance par le Schéma de développement territorial (SDT), structurant ainsi la Région en un véritable réseau de pouvoirs locaux aux rôles complémentaires.
L’Union des Villes et Communes de Wallonie propose une stratégie commune pour que cette complémentarité reste durable et profite à toute la Wallonie.
Neuf grandes villes : Charleroi, Liège, Namur, Mons, La Louvière, Tournai, Seraing, Mouscron, Verviers
Les grandes villes wallonnes, concentrant une très grande part des activités et des services, amplifie à une autre échelle les difficultés et assument, seules, une part devenue disproportionnée des coûts.
Leurs difficultés financières ne sont pas un problème de gestion : elles traduisent un déséquilibre structurel entre les charges qu’elles portent pour tout un territoire et les recettes dont elles disposent.
D'un côté, des dépenses structurellement plus élevées. Parce qu'elles jouent un rôle de centralité pour tout un bassin de vie, elles assument quotidiennement des charges qui débordent largement leur seule population : accueil des travailleurs, des étudiants et des visiteurs, services judiciaires et administratifs (cours et tribunaux, services publics fédéraux et régionaux), entretien d'infrastructures intensément sollicitées, sécurité, mobilité (gares, aéroports), besoins sociaux accrus, enseignement. Ce sont autant d'externalités qu'elles supportent seules, alors qu'elles assument un grand nombre de services au profit de tout un territoire.
De l'autre, des recettes sous pression. Le potentiel fiscal des grandes villes est structurellement contraint pour des raisons socio-économiques propres à leurs résidents : une part importante d'inactifs - retraités, étudiants, ménages précarisés - qui pèsent peu dans les recettes fiscales, à laquelle s'ajoute le choix d’un nombre croissant de ménages plus aisés de s’établir dans les communes voisines. La fiscalité sur les revenus bénéficiant à la commune où l’on est domicilié et non pas à la commune où l’on travaille, le résultat est sans appel : une part importante des travailleurs actifs dans les villes rapatrie les recettes fiscales dans d’autres communes, alors que les villes continuent d'assumer les coûts liés à leur rôle de centralité.
C'est cet effet de ciseau démultiplié par leur taille - des charges qui grimpent, des recettes qui s'effritent - qui place les grandes villes dans une situation financière à part, et qu'aucun effort de gestion ne suffit, à lui seul, à corriger.
Mais l’enjeu dépasse les seules finances communales. Ce déséquilibre est aussi le symptôme d’un angle mort : non pas l’absence d’une stratégie de développement territorial – consacrée dans le SDT – mais l’incohérence entre cette stratégie, qui mise sur le rôle structurant de ses villes, et les choix budgétaires qui la contredisent. Aussi longtemps que la fonction de centralité des grandes villes ne sera pas traduite dans les arbitrages budgétaires régionaux et fédéraux, leurs difficultés continueront de s’aggraver, au détriment de toute notre région.
Développement territorial : placer la Wallonie sur la carte de l’Europe
Comme le souligne le Pr Jean-Marie Halleux (ULiège), « les villes sont des moteurs économiques régionaux par leurs « économies d'agglomération » ; concentration des emplois, marché du travail, circulation des savoirs et capacité d'innovation ».
Nous ne pouvons pas penser l’avenir de la Wallonie en vase clos. L’Europe est structurée par ses grandes villes et ses métropoles, et, dans son récent « agenda urbain », elle qualifie les grandes villes de « laboratoires de la transition écologique », de « moteurs de l'innovation », de « garantes de la cohésion sociale et territoriale ».
La Wallonie n’existera sur cette carte que si ses villes y tiennent leur rang et y jouent leur rôle : pouvoir assumer leur rôle en tant que pôles stratégiques qui ancrent la région dans les grands réseaux économiques européens :
- Au Nord : Bruxelles et Anvers
- À l’Est : Amsterdam, Cologne, Francfort
- Au Sud : Luxembourg et Reims
- À l’Ouest : Lille, Paris
Entre ces pôles, les grandes villes wallonnes sont des portes d’entrée et des relais d’attractivité.
Ce qui fait aujourd’hui défaut, c’est la traduction opérationnelle et financière de la stratégie territoriale. L’Union plaide pour que cette stratégie intègre en priorité le volet financier, qu’elle s’appuie sur les dynamiques supra communales « bottom up » organisées à l’échelle des bassins de vie qui s’articulent autour des centres urbains, et qu’elle porte une politique résolue de lutte contre la précarité, pour enrayer le cercle vicieux de la concentration des inégalités sociales là où les recettes fiscales s’amenuisent.
Au cœur de ce maillage, les grandes villes wallonnes forment l’axe structurant autour duquel s’organise le développement de notre région. Les villes moyennes y constituent à leur tour des centres de services et des pôles d’attractivité de proximité pour les communes qui les entourent.
Loin de profiter aux seules grandes villes-centres, le soutien à leurs effets de centralité bénéficie à l’ensemble des pouvoirs locaux et inscrit la Wallonie dans une dynamique de réseau de développement4
Un déséquilibre structurel, pas un problème de gestion
La preuve par les chiffres : en 2022, les grandes villes concentraient à elles seules 88 % du montant total des déficits communaux de toute la Wallonie. Ce déséquilibre ne date pas d'hier, et il n'a cessé de s'aggraver. Les crises conjoncturelles successives (covid, flambée des prix de l'énergie, inflation) l'ont accentué. Mais le mal est plus profond : il tient surtout à l'absence de solution de refinancement à long terme pour des dépenses incompressibles, qui pèsent lourdement et durablement sur les budgets urbains, notamment :
- les pensions : les 9 villes portent à elles seules la moitié de la charge de pension statutaire de toutes les communes wallonnes et plus de 55 % des cotisations de responsabilisation, soit 85 € par habitant, plus du triple comparé aux autres communes. La seule cotisation de responsabilisation passera de 80 à 120 millions d’euros d'ici 2031, portant la facture pension totale à 217 millions d’euros ;
- le financement déséquilibré de la sécurité publique : les grandes villes financent à elles seules plus de 43 % des dotations communales aux zones de police, soit près de 300 millions d’euros en 2026… pour des missions pourtant régaliennes ;
- les dépenses sociales croissantes (CPAS), mises sous pression par la conjoncture économique mondiale (contexte inflationniste) mais également par certaines réformes qui touchent plus directement les grandes villes, avec au premier plan la réforme limitant dans le temps le droit aux allocations de chômage ;
Même en optimisant leurs recettes, les grandes villes ne s’en sortiront pas seules.
La comparaison avec la Flandre est sans appel : à fonctions comparables, le soutien régional y est bien plus élevé.
Fonds des communes : 672 € par habitant pour une grande ville wallonne, contre 988 € en Flandre. Dotation spécifique aux centres-villes : 30 € contre 110 € par habitant. Ainsi, la Flandre réserve 38 % d’un Fonds des communes mieux doté que le nôtre exclusivement à ses 13 grandes villes (58 % au total contre 41 % en Wallonie) et intègre explicitement les navetteurs et les étudiants dans ses critères de répartition.
Le recours au Plan Oxygène (2022-2026) : les 9 villes, dont les réserves sont quasi inexistantes, représentent 87 % du montant qui pouvait être emprunté par les communes pour financer notamment leurs dépenses de pension. Rien qu’en 2025, ce sont 236 millions d’euros qui ont été empruntés par les grandes villes dans le cadre du Plan Oxygène, montant qu’elles devront rembourser pendant 20 ans. Il est illusoire de croire que ces villes s’en sortiront seules dès 2027. Pendant ce temps, en Flandre, la région a, depuis longtemps, pris en charge la moitié des cotisations de responsabilisation de ses pouvoirs locaux.
Les décisions régionales récentes (Fonds des communes, APE, Dotation Grandes Villes) ont même aggravé la situation, privant les grandes villes de 29,5 millions d’euros[1] en 2026.
L’Union des Villes et Communes de Wallonie propose dès lors une approche globale et coordonnée, réfléchie avec les grandes villes, combinant des leviers activables à chaque niveau de pouvoir à travers des politiques ciblées sur le développement des grandes villes et sur leur retour à une trajectoire budgétaire stable et pérenne.
Au niveau communal
- Modernisation de la fiscalité immobilière : mise à jour de la matrice cadastrale, soit de 17,6 à 35,2 millions d’euros supplémentaires pour les neuf villes, tout en renforçant l’équité entre contribuables;
- Recentrage de la fiscalité vers les non-résidents : propriétaires de logements étudiants (kots), propriétaires de secondes résidences, taxe de séjour et fiscalité des plateformes de location : faire contribuer ceux qui utilisent la ville sans y être domiciliés ;
- Lutte contre la vacance immobilière et les friches : immeubles inoccupés et sites désaffectés (SAED) pour générer des recettes et réactiver le bâti.
Au niveau régional : se tenir aux côtés des villes
- Refinancement ciblé : une Dotation Grandes Villes ambitieuse, indexée et renforcée, intégrant des critères propres aux villes (navetteurs, étudiants, police, pensions, dépenses sociales) ;
- Réforme de la fiscalité routière : véhicules de leasing, taxe kilométrique poids lourds, vignette pour véhicules étrangers et généralisation de la redevance voirie pour que l’usage réel des voiries communales soit enfin pris en compte ;
- Neutralité budgétaire : revenir sur les décisions récentes (Fonds des communes, APE, Dotation Grandes Villes).
Au niveau fédéral : respecter ses engagements et financer ses missions
- Pensions : calcul individualisé des mensualités de responsabilisation et soutien réellement accessible à l’ensemble des grandes villes.
- Zones de police : révision de la norme de financement (norme KUL) pour tenir compte des réalités urbaines, et réfléchir à la possibilité de facturer aux organisateurs d’événements privés une part des coûts de sécurisation.
- Neutralité budgétaire : aucune réforme fédérale ne doit reporter de charges vers le niveau local (ex. transfert de bénéficiaires vers les CPAS).
On soulignera que ces différentes pistes peuvent également être activées par des villes plus petites qui rencontrent un même type de difficultés lorsqu’elles jouent leur rôle de centralité : pression des navetteurs, population estudiantine, utilisation de la voirie, …
Une démarche constructive, au service de toute la Wallonie
Au-delà des chiffres, c’est l’avenir de toute la Wallonie qui se joue.
Les grandes villes ne réclament pas une faveur : elles portent, pour l’ensemble du territoire, des charges qui conditionnent l’attractivité et la compétitivité de la région tout entière. Si elles continuent d’être délaissées ou considérée comme un simple « centre de coûts » le redéploiement économique que le Gouvernement wallon appelle de toute part restera un vœu pieux.
À l’inverse, des villes financièrement solides sont la condition moteur première d’une Wallonie qui retrouve sa place sur la carte économique européenne.
C’est dans cet esprit que l’Union des Villes et Communes de Wallonie inscrit sa démarche aux côtés de ses grandes villes membres depuis plus d’un an : dans la recherche de solutions partagées (et partageables) au service de l'intérêt général.
L’UVCW se tient à la disposition des différents exécutifs - régional et fédéral - pour réfléchir ensemble à des solutions gagnant-gagnant, qui renforcent durablement la santé financière des pouvoirs locaux tout en accélérant le redéploiement économique de la Wallonie.
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