Conclave budgétaire wallon : sans perspective ni moyens garantis, l’avenir du logement public est en question
Les sociétés de logement de service public appellent à définir d’urgence les moyens et les priorités pour garantir l’avenir du secteur
L’Union des Villes et Communes de Wallonie (UVCW) et l’Association Wallonne du Logement (AWAL), qui représentent les Sociétés de logement de service public (SLSP), prennent acte des mesures annoncées par le Gouvernement wallon dans le cadre du budget 2027 et de la trajectoire 2027-2029. Elles reconnaissent des orientations attendues de longue date. Mais une question demeure : avec quels moyens les SLSP pourront-elles les mettre en œuvre ? Pour que ces orientations se concrétisent, l’UVCW et l’AWAL demandent que le financement du droit de tirage soit garanti, que le secteur dispose d’une enveloppe clairement définie et d’une trajectoire pluriannuelle lui permettant de planifier les investissements nécessaires.
La remise aux normes et la sécurisation des logements demeurent des priorités absolues. Le droit de tirage réclamé par le secteur peut donner aux sociétés la prévisibilité qui leur manque aujourd’hui, et la réforme du « loyer chaud » peut, elle aussi, contribuer à améliorer leur financement. Encore faut-il que les moyens suivent : à ce stade, le secteur ne dispose ni de l’enveloppe ni de la trajectoire pluriannuelle attendues, et le financement du droit de tirage demeure incertain. Il reposerait en partie sur les recettes qui découlent du nouveau système européen d’échange de quotas d’émission (ETS2), dont la répartition doit encore faire l’objet d’un accord entre entités. La sécurisation et la rénovation des logements ne peuvent rester suspendues à des financements dont la disponibilité n’est pas garantie.
À défaut de moyens rapidement mobilisables, le secteur risque de se trouver confronté à un moratoire de fait sur ses investissements. L’expérience a montré qu’une telle situation n’est ni soutenable ni souhaitable. Ce dont les SLSP ont besoin aujourd’hui, ce n’est pas d’une mise à l’arrêt, mais des moyens d’agir : sécuriser, rénover et construire.
Les SLSP gèrent plus de 100.000 logements, logent plus de 200.000 personnes et accompagnent près de 50.000 candidats-locataires. Elles assument ces missions avec un patrimoine vieillissant et un modèle de financement dont les limites sont connues. Les constats établis par l’UVCW et l’AWAL faisaient état, dès 2015, d’un déficit moyen supérieur à 115 euros par mois et par logement, plus élevé encore pour les logements neufs. Le « loyer chaud » ne résoudra pas à lui seul ce déséquilibre structurel.
La possibilité accrue de vendre des logements appelle la même vigilance : elle ne peut conduire à réduire durablement l’offre publique. Quant au recours à l’investissement privé, il peut compléter l’action publique, jamais s’y substituer.
La réforme de la gouvernance annoncée, avec la création de l’Agence wallonne de l’Habitation et des pôles locaux du logement, affiche une ambition que le secteur partage. Ses contours et son financement restent toutefois insuffisamment définis, à ce stade, pour en mesurer les bénéfices concrets pour les sociétés de logement public.
L’avenir et la viabilité du secteur se jouent maintenant. La Wallonie a besoin d’un plan de long terme qui articule la sécurité des locataires, la rénovation énergétique, l’entretien du patrimoine et la construction de nouveaux logements. Les SLSP ont besoin de moyens financiers importants, d’un soutien régional sans faille et de règles stables, praticables et pérennes. Le secteur ne demande pas de nouvelles promesses, il demande qu’on lui donne la capacité d’agir.
L’UVCW et l’Awal demandent au Gouvernement wallon de définir, en concertation avec les acteurs de terrain, les voies de financement et les modalités du droit de tirage, revoir les échéances à l’aune des réalités de terrain et construire une vision du logement public à court, moyen et long terme.
Il y a urgence à sécuriser l’avenir du secteur et de ses usagers. Les sociétés de logement sont prêtes à prendre leurs responsabilités, à condition de disposer d’un cadre financier stable et de moyens à la hauteur de leurs missions. Prévenir les risques d’incendie, remédier aux situations d’insalubrité et entretenir le patrimoine sont des impératifs qui ne peuvent être durablement différés. Il en va de la sécurité et de la dignité des locataires, mais aussi de la nécessité, pour chaque candidat-locataire, de pouvoir accéder à un logement décent dans un délai raisonnable.


